29 juin 2020

Notre message d'été

Le mystère de la sagesse


Il existe des lieux où l’on extrait l’argent, et des endroits où l’or est trié par lavage. Quant au fer; c’est dans le sol qu’on va le chercher, et le cuivre s’obtient en fondant de la roche.


Sous terre, les mineurs apportent la lumière: on y fouille jusqu’aux limites du possible la roche sombre et noire.

On ouvre des tunnels hors des lieux habités. Loin des humains, en des endroits inaccessibles, des mineurs oscillent, suspendus à des cordes.


La terre, en surface, produit la nourriture, tandis que, par dessous, on dirait que le feu a tout bouleversé.

C’est dans ses roches que l’on trouve le saphir et les pépites d’or.

Le vautour ignore ces chemins souterrains, l’oeil des oiseaux de proie ne les a jamais vus

Aucun grand fauve n’a parcouru ces sentiers, et le lion ne s’y est pas aventuré.


Mais l’homme ose attaquer la roche de granit, il remue les montagnes jusqu’à la racine.

Dans le roc, il ouvre un réseau de galeries; tout ce qui est précieux, il le voit de ses yeux.

Il va jusqu’à tarir les sources des cours d’eau et il amène au jour ce qui était caché.


Mais la sagesse, où peut-on bien la trouver ?

Où donc est la demeure de l’intelligence ? Les humains ignorent à quel prix l’estimer, car elle est introuvable au pays des vivants. Le grand océan dit; « elle n’est pas ici », et la Mer, à son tour:, « elle n’est pas chez moi »


On ne peut l’échanger comme un lingot d’or fin, on ne peut l’acquérir contre un bon poids d’argent. Elle est incomparable face à l’or d’Ophir, à la précieuse cornaline ou au saphir. Ni le verre ni l’or n’atteignent sa valeur, on ne peut l’obtenir contre un vase d’or fin, 

Ne parlons même pas du corail, du cristal…

La sagesse vaut mieux qu’aller pêcher des perles !

La topaze éthiopienne est loin de la valoir.

Face à l’or le plus pur, elle est incomparable.


Mais la sagesse, d’où peut-elle provenir ? Où donc est la demeure de l’intelligence ?

Elle reste cachée au regard des vivants, invisible à l’oiseau qui vole dans le ciel.

La mort et le royaume de la mort déclarent: « Oui, c’est vrai, nous avons entendu parler d’elle. »

Mais Dieu a remarqué par où elle venait; lui seul a su le lieu où l’on peut la trouver, quand son regard allait jusqu’au bout de la terre, et qu’il inspectait tout ce qui est sous le ciel.

Quand il attribuait un certain poids au vent et quand il mesurait le volume des eaux,


Quand il marquait une limite pour la pluie et un chemin pour les roulements du tonnerre, c’est alors qu’il vit la sagesse et l’estima; il en fit l’inventaire, éprouva sa valeur.

Puis il dit aux humains:

« Respectez le Seigneur, c’est cela la sagesse! Et s’écarter du mal, voilà l’intelligence ! »


Job. chapitre 28

04 juin 2020

"Rire" - Un Poème tourné vers l'avenir

Rire

Je voudrais être clown
Et rire toujours,
Je voudrais être clown
Et faire rire les autres.
Je serais un clown content de peu
Plutôt qu’un grand héros,
Rien qu’un petit amuseur
Dans ce monde amer.

Je voudrais dans les rues faire le poirier fourchu
Sans devoir dire oui et amen à tout.
Je voudrais faire des pieds de nez lorsqu’il pleut
Et que je rencontre des gens maussades.
Je voudrais faire des grimaces lorsque le soleil brille
Et donner un pantin à l’enfant qui pleure le soir.
Je voudrais que le monde sourie un peu
Avant qu’il ne soit trop tard.
Je voudrais être un clown
A la tête légèrement dérangée.

Je voudrais me faufiler à quatre pattes
Pour voir du haut des toits les pauvres très pauvres
Et les riches très riches manger leur petit pain
Tout en songeant à leur avenir.
Je voudrais qu’ils rient tous
Et que personne ne soit un scandale pour son prochain.

Je voudrais me tenir aux coins des rues
Et à mes frais régaler les passants d’un scherzo.
Je voudrais défendre le rire sur une position perdue
Je voudrais que le monde sourie un peu
Avant qu’il ne soit trop tard.
Je voudrais être un clown
Avec pour coeur une plante joyeuse.

H.D. Hüsch
"Le matin vient… non à l’angoisse" - Pomeyrol

02 mai 2020

Le Serpent d'airain



Message - méditation pour un premier 1er mai confiné

Dans le monde qui nous entoure, à la fois immense et paraissant infini, la soudaine présence d’un virus « pandémique » rend ce monde minuscule et tout proche.
La fable de La Fontaine  (les animaux malades de la peste) rend un curieux verdict actualisé: « ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés »

Les malades souffrent, certains meurent, beaucoup guérissent aussi. Plusieurs d’entre nous vont mal, gagnés par la peur dans une ambiance générale de mesures de distances, de solitude et d’angoisse pour soi-même ou pour leurs proches. Les Chercheurs et les Soignants se surpassent pour aider et guérir dans la compétence et la noblesse de leur engagement et sont célébrés à juste titre par nombre d’entre nous. On peut exprimer la reconnaissance, cela est juste, mais on en voudrait davantage, c’est à dire que ce mal qui nous fait la guerre soit éradiqué.

Aucune explication, aucune mesure ne rassurent vraiment. Cela me fait penser à un Centre de détention pour longues peines où lors d’un culte, le pasteur suggérait aux détenus d’utiliser les « vertus » de l’enfermement pour méditer…la Bible. J’entends encore le murmure dans l’assemblée!
Cela dit, je crois qu’il est bon de réfléchir et parfois de méditer.
Pourquoi ? Mais parce que nous sommes confrontés à une urgence. Une urgence ressentie et une urgence bien réelle. L’urgence réelle est une discipline de protection, de respect des consignes et d’attente en aménageant les espaces et les distances imposées. 
L’urgence ressentie est principalement une angoisse parasitant toute velléité de réflexion sereine et de méditation. Cela est encore amplifié par l’impossibilité de faire des projets et de prendre des décisions.

Vous avez sans doute entendu cette remarque lorsqu’un malheur arrive: « mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? »…pour que tel événement m’arrive. Cette phrase est un cri de panique exprimé de manière spontanée par des humains tourmentés croyants ou non d’ailleurs. L’idée de punition, l’éventualité d’une sanction divine sont aussi parfois avancées par des personnes d’horizons très différents.

Dans la Bible, nous trouvons des récits parfois étonnants. Dans le livre des Nombres - ch. 21 (Pentateuque) alors que le Peuple libéré d’Egypte poursuit une traversée complexe, en confrontation aux dirigeants des pays découverts, un fléau supplémentaire vient soudainement agresser. Cela se passe à un moment critique où les humains perdaient patience et critiquaient et Dieu et Moïse à cause de l’itinéraire incertain et de la mauvaise nourriture… On doit pouvoir se risquer à une comparaison; Car l’itinéraire du monde aujourd’hui est incertain. Beaucoup dénoncent cela, certains avancent même savoir qui sont les responsables de l’errance dans laquelle nous sommes. On dénonce souvent le rapport à l’argent (« Mamon » dans la Bible) et, ma foi, cela donne à penser car l’argent est un moyen et jamais une fin.

Ainsi, sans reconnaître le Covit 19 comme fléau divin car cela ne serait franchement pas très à la mode, au moins pourrait-on profiter de ce coup d’arrêt pour réfléchir à la manière de réaliser l’exigence de la Justice, la recherche de l’être avant la quête de l’avoir. Nous n’avons jamais vraiment essayé de mettre en application le Sermon sur la montagne que l’on appelle aussi les Béatitudes disant entre autre: « heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, car ils seront rassasiés »

Comment utiliser ce temps incertain afin d’ éprouver cette soif et se mobiliser tous ensemble pour une réflexion approfondie sur ce qui persiste d’injustice. Cela commence tout près de nous, en nous peut-être et dans tout cet espace mondial contaminé. Pourrions-nous avoir le courage d’être au monde comme des Veilleurs* et proposer des changements réfléchis mais radicaux. Comment être unis pour cette démarche de la Justice sans l’apriori de coupables de la situation à honnir. Ceux-ci n’étant évidemment jamais nous… Le coupable c’est souvent le mal sur lequel on pense ne pas avoir de prise.

La grande nouveauté c’est que nous souffrons tous. Nous ne mourrons pas tous, mais nous sommes tous frappés.
C’est donc pour le bien de tous qu’il faut désormais oeuvrer.

En évoquant le livre des Nombres, je rappelais le chemin difficile de l’expérience de la liberté, mais aussi la confrontation à un fléau qui tue. Des morsures de serpents venimeux. Dans le désert, cela est redoutable. Devant ce fléau, le peuple est revenu en lui-même, conscient de sa faiblesse par les brûlures des serpents. Il a demandé pardon d’être aveugle, désespéré et de ne plus faire confiance.
Moïse, le conducteur va intercéder.

La réponse divine à la prière de Moïse est des plus étonnante. « Façonne un serpent de métal et fixe le sur une perche. Quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve »

La suite du récit dit que cela se passa ainsi.
Ce symbole du serpent, de son venin et de la brûlure qu’il provoque est paradoxal. Cet épisode de guérison trouvera un écho chez l’évangéliste Jean (3 v14-15) à propos de la croix de Jésus.
Donc, si aujourd’hui, alors que les grands et les petits du monde sont menacés, l’heure urgente sonne  pour que nous travaillions pour la Justice. Maintenant, regarder le serpent d’airain, c’est regarder le caducée des professions médicales portant lui aussi le serpent guérisseur mais pas seulement.
Pour le courage de faire advenir le royaume de Dieu, on peut considérer la Croix du Christ, là où tout fut accompli et de manière paradoxale ce que Dieu a donné une fois pour toute. Evidemment cela appelle la foi. Pour tous les humains de bonne volonté, la confiance est vivante, mais, pour les humains de bonne volonté, assoiffés de la Justice selon la Bible, TOUT RESTE A FAIRE.
Après un regard conscient des promesses divines, un regard sincère, il est temps de se lever, de se relever et de proclamer: « aveugle j’étais et maintenant, - je vois »*.
Quel étrange moment où tous les lieux de cultes sont fermés sine die. L’Ecriture, la littérature et les arts restent un levain pour nos vies confinées. Le confort communautaire garantissant une mise à part, une protection du monde et du mal et il est partiellement brisé. Comment ne pas s’approprier les paroles de Jésus lors d’une rencontre hasardeuse avec une femme de Samarie connaissant parfaitement les distances et les barrières imposées. « le moment vient et il est même déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en étant guidés par son Esprit et selon sa vérité. »
A chacun sa mesure de courage. Le courage vient de cur, une version ancienne de coeur. C’est par le coeur que tout commence. Chaque maison est un foyer de contamination de… l’ESPERANCE.

Werner Burki - 1er mai 2020


Bibliographie: Jean de la Fontaine: fable - les animaux malades de la peste.
Bible: Livre du Deutéronome, chapitre 21 - Matthieu chapitre 5 - Jean chapitres 3 et 4
* Fraternité spirituelle des Veilleurs, communauté de prière fondée par Wilfred Monod.
* Amazing Grace, célèbre cantique anglophone.





21 avril 2020

"Nul bien sans peine" Pierre Puget





Maison de Pierre Puget
Angle rue de Rome
rue de la Palud - Marseille

Le grand Puget s’est fait un gîte 
Les pierres taillées de sa main
Ont dessiné la belle étrave
Ancrée de Rome à la Palud

Dans le fronton près des étoiles

Tel un enfeu surgit la trace
Taillée dans le marbre la face.
Salvator Mundi
Musée des Beaux Arts
Marseille













Salvator Mundi






Personne au balcon de l’étage
Aucun rideau pas de visage
Le logement est déserté
Les pigeons seuls l’ont habité
Où sont les escaliers de marbre
Les balustres et les chandeliers
Un seul occupant s’en empare
Pour vendre quelque tablier
Désormais cette maison vide
Attend de son antiquité
Qu’un Maître conscient du site
L’habite en personne de qualité
Le temps a préservé l’espace
Il en a flétri la beauté
Comme un éperon de navire
Il n’est qu’un rostre abandonné
Peut-être qu’un jour aux étages
Un bal verra des invités
Se parler entre eux à voix basse
En s’étonnant que cette épave
Fut un jour la maison d’un Maître
Célébré de Gênes à Versailles
Présent à Marseille et Toulon
C’est par violence que l’on détruit
Par oubli on laisse mourir
Lorsqu’on bâtit, si l’heure passe
La bâtisse elle tient debout
Honorer ce palais sublime
C’est le restaurer avec goût
Sur les plans du grand architecte
Qui pour abriter son génie
De dessinateur de galères, d’atlantes de fauness et de martyrs
En avait mesuré le prix

Werner Burki avril 2016


La Vieille Charité











11 avril 2020

Pâques



A vous tous, amis proches ou lointains, avec cette fresque de Pierre Ambrogiani, 
un court message, au delà des contraintes du confinement et en attendant la LIBERTE à venir




Pâques est la splendide fête de la Résurrection par laquelle naît l’Espérance la plus insaisissable. C’est la fête dominicale par excellence. Heureux sont ceux qui en perçoivent la portée pour leur vie personnelle.

Les lourdeurs de l’existence, les angoisses et les peurs, les menaces et les tourments, les peines incompréhensibles et les joies incommensurables ne disparaissent pas comme par enchantement. La Résurrection est davantage comme une porte ouverte devant nous que personne ne peut fermer.
(Apocalypse 3/8)

Rien d’étonnant que nous subissions des épreuves. La pandémie nous rejoint sans préavis et nous laisse dans la perplexité. L’Histoire nous rappelle que nous en avons vu d’autres. Cela n’est pas une consolation certes. La consolation vient de la Résurrection qui est décisive.

Pierre Ambrogiani
Merci à tous ceux d’entre-vous soucieux et attentifs d’abord à ceux qui souffrent favorisant ainsi le passage de la tendresse.
Paix et joie au coeur, voilà notre devise.


Werner Burki



"Fresque du choeur de La Chapelle de Montolivet / Marseille"


"Christ flamboyant, vêtu d’une tunique rouge, nimbé de gloire, entouré d’ouvriers et de paysans et de sa Mère Barberine dans la posture de pleureuse corse"


02 avril 2020

"Va avec la force que tu as"

La volonté d’expérimenter la patience et de conserver au coeur la joie de vivre - sans oublier tous ceux qui traversent ces moments de manière tragique - nous invite à revenir sans cesse à l’essentiel car, plus ou moins consciemment, nous sommes confrontés à l’ultime, aux choses dernières…

Ainsi, il me plaît de faire référence à une parole attribuée au Réformateur Martin Luther: - A la question posée : 
« Que feriez-vous si la fin du monde était pour demain ? », il répondait : « je planterais un pommier. »


Nous souhaitons entretenir la vie et la préserver, en se parlant et s’écoutant vraiment et en trouvant des occasions de garder des traces de ce confinement.

Les artistes peuvent nous y aider :
Catherine Burki, artiste, dessine sur la base d’une photo notre lieu de confinement. Alors que nous sera redonnée la liberté d’aller et de venir, nous serons sans doute heureux de retrouver une trace des lieux nous ayant « protégés » .

Pour ma part, j’ai envoyé la photo de mon piano, ce fidèle compagnon des heures sombres comme des heures plus heureuses.
Je participe aussi au Cercle de lecture Simorgh, de courts textes anciens sont enregistrés et publiés quotidiennement.
Nous sommes aussi en lien avec dautres artistes, musiciens, peintres à Marseille ou plus loin.

Avec la présence du travail artistique, nous restons ouverts et reconnaissants aux forces de l’Esprit. Nous nous référons sans cesse à cet encouragement biblique du livre des Juges 6/14 
« Va avec la force que tu as »


Werner Burki




Pour écouter les textes déjà enregistrés du Cercle de lecture Simorgh, animé par Aurélie Zygel, membre de notre Association



Envoyez une photo de votre lieu de confinement à  albumdomus@gmail.com
Vous recevrez alors gratuitement le dessin de votre lieu à imprimer et un gif animé de tous les autres dessins réalisés.




























Ainsi Catherine Burki espère présenter la diversité des univers habités pendant cette période si particulière. 
Puis ses dessins seront réunis dans l’édition d’un album en mémoire du confinement.
En commandant le dessin original (50€) ou en participant en plus au projet d’édition (80€), vous soutenez le projet de Catherine Burki et vous aurez un « dessin d’intérieur ».







22 mars 2020

Nuit de mars 2020, nuit de printemps, nuit d'inquiétude



La consigne est simple: « apparaître au balcon ou à la fenêtre » en début de soirée, à 20 heures et manifester par des applaudissements et des bravos, la reconnaissance à tous les soignants, tous les aidants, toutes les personnes facilitant la vie de tous en ces temps de souffrance et de douleur dues au cheminement du virus à couronne.
Une France confinée, disant de la joie et de la reconnaissance au sein même du drame et de la menace persistante.
Quelle étrange parenté que celle qui naît de la solidarité, de la prise de conscience et du désir de chanter la vie.
Dans la nuit naissante, faisant de chaque persienne, une lumière d’espérance devant laquelle les mains se joignent et les voix se mêlent pour des « vivas » joyeux, j’ai joint à cet opéra  improvisé à tant d’étages, quelques accords rythmés sur mon piano.
Puis, le silence s’est rétabli. Restait en soi comme une étreinte, indicible mais puissante. Une envie que la nuit soit bonne, pour tous. Et aussi, sans doute, pour que demain encore apparaissent aux balcons et aux fenêtres des visages vivants d’une piété sereine, précieuse pour guérir.

Werner Burki